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Edito
Merci pour nous !
Dans les années 1960, quelques “zazous” comprirent que sur notre belle planète il y avait d’autres musiques, d’autres instruments que ce que l’on voyait sur une seule chaîne de télé et ce qui nous berçait gentiment sur les radios périphériques. Ces jeunes gens utopiques n’imaginaient certainement pas que cinquante plus tard, ils n’auraient pas encore été compris !!
Étayons cette triste réalité par deux exemples récents. D’abord avec les Victoires de la Musique : la grande cérémonie des mondes de la musique (hors jazz, hors classique, on ne mélange pas les torchons et les serviettes). Retour sur image. Quand la belle dame (Alessandra Sublet) qui présente l’événement annonce « Et maintenant, la catégorie “musiques du monde” », elle est immédiatement entourée de jolies jeunes femmes, fort dénudées et habillées de plumes. En voilà une vraie, belle et forte image des musiques du monde ! Et puis « le gagnant est… Jehro ! ». Je n’ai bien sûr rien contre ce monsieur mais il se retrouve là car sa maison de disques (Warner) a bien compris que la catégorie reine, “Album de l’année”, ne serait pas pour lui. Et que par contre, dans celle des musiques du monde, avec un peu de lobbying et quelques votes de complaisance plus tard (quelques dizaines de voix seulement), le trophée serait dans la poche… Exit Titi Robin et Tinariwen. Même les “hype-Inrocks” se sont glosé de la surdité des votants… Mais c’est bien connu, le business rend sourd.
Deuxième anecdote : “l’unique” Didier Lockwood vient de rendre au ministre de la Culture un rapport sur l’enseignement des musiques en France. Et comme il trouve la pratique des conservatoires perceptible (j’aime bien ce mot), ceux-ci, fort vexés, ripostent au travers de l’UNDC (1) par un communiqué que j’adore, savourez donc ce formidable passage : « Les véritables traditions populaires sont, en réalité, fort peu présentes dans nos conservatoires. Pourquoi ? Parce que ces musiques sont, pour la plupart, en voie de marginalisation depuis le début du vingtième siècle, et qu’elles ne peuvent s’épanouir que dans le cadre qui leur a donné la vie : les réunions familiales, la rue, le quartier… Elles n’ont ni besoin, ni envie de s’agréger à une structure d’enseignement tant qu’elles se portent bien. Prenons un exemple dans les choix de lecture : en grande majorité, le lectorat français se tourne vers des bandes dessinées, des romans légers et des romans policiers. L’école doit-elle donc mettre au programme ces ouvrages et ne se préoccuper que d’eux seuls ? Ou bien donner les outils d’accéder d’abord à Balzac, à Montaigne, à Baudelaire, etc., qui permettront, bien entendu, si le lecteur le désire, de lire la collection Harlequin ? Diviserons-nous les classes du collège entre “français patrimonial” et “français actuels, SMS et BD” ? »
Rigolo, non ?
Mais maintenant vous le savez, c’est pas gagné !
Philippe Krümm
philippe.krumm@gmail.com
www.accordeoniste.com
(1) : Union nationale des directeurs de conservatoires